C’était un plaisir de faire mon stage avec SPG. Merci pour tout. Je te souhaite une bonne année 2013 avec beaucoup de succès et encore plus!
by Leonie Francke pour Studio SPG
Même sans l’aigle du Mont-Royal, ça aurait été une année exceptionnelle pour la culture internet québécoise. Mais les farceurs du centre NAD ont couronné parfaitement 2012.
Mais ne laissons pas l’arbre cacher la forêt. Il y a de quoi se réjouir de voir le Québec accueillir le web comme mamelle culturelle, au même titre que la télé, la radio, les journaux. On n’est pas encore tout à fait au point de pouvoir discuter des caractéristiques intrinsèques du «mème» québécois autour de la dinde, mais il y a de grandes chances qu’au réveillon, plusieurs cousins et nièces aient entendu parler de «Bonne fête Kevin», «Pas le temps de niaiser», «Juste une fois au chalet» (qui ne date pas de 2012, certes) ou de «Mon père est riche».
Et ce même s’ils n’ont jamais vu l’original: Claude «Enweille Kevin» aka «Les Impacts» Asselin a été repris comme stunt marketing pour Videotron, comme inspiration pour les Appendices, ou pour un clip de Maybe Watson. «Mon père est riche» à été du matériel de nouvelles pour pas mal tout ce qui se fait de pauvre en média au Québec. Il a été impossible pendant au moins un mois de dire les mots «tequila», Heineken» ou «pas le temps de …» ou «niaiser» en public. Si ces mèmes sont aux Bye Bye, l’instantanée le plus juste de la culture québécoise (aussi triste que cela puisse être), on saura qu’on vient de franchir un point de non-retour.
***
D’autres petits plaisirs aussi, comme de rire de la médiocrité des journalistes de LCN, qui confondent «II» et «IL», ou qui ne savent pas comment fonctionne leur nouveau jouet; des «débroussailleurs» comme Jay St-Louis et les gars derrière Petit Petit Gamin qui ont vu leur dévouement récompensé dernièrement; l’analyse des premières stratégies 2.0 des partis politiques durant la dernière campagne électorale. La confirmation que les Couche-Tard sont des repères de cas unique d’humains, qui s’en foutent, ou qui sont les héritiers illuminés de Jésus.
Le Québec n’a évidemment pas découvert l’internet en janvier dernier (les Têtes à claque, me direz-vous). Ce qui a vraiment changé c’est que pour la première fois dans notre histoire, il y a assez de «cultivés» d’internet (qui comprennent les référents ET qui possèdent les outils et connaissances pour capter, modifier, partager) pour «incuber» du contenu culturel web. Devant les «succès» de certains, les médias traditionnels et étrangers sautent sur leur bord de balançoire et les envoient «en orbite» dans la culture populaire.
Le printemps dernier reste mon moment-fort de l’année. L’internet était partout sur les pancartes, dans les slogans, dans les chants. Et ce n’était pas seulement des références d’outsiders/d’emprunteurs: on remixait, mélangeait, s’appropriait, modifiait, comme le «mème» se doit d’être. On n’avait pas seulement compris, on avait acquis et on commençait à créer quelque chose de nouveau et d’unique. S’il y a une chose que je retiendrai de tout ce soulèvement, toute ma vie, c’est que pour la première fois, je ne me sentais pas seul d’aimer et comprendre l’internet. Qu’il y avait de l’espoir, un peu.
La photographie de mode et portrait de Frederike Helwig (née en 1968, Allemagne) est vraiment convaincante. Son style est caractérisé par un mélange de documentaire et de mode—C’est important pour Helwig que les mannequins ou les célébrités soient représentés d’une façon authentique et relaxé.
Elle a fait ses études à Bournemouth College of Art and Design et son premier travail a été pour le magazine i-D. Beaucoup des projets pour des « grands noms » et des magazines suivirent, par exemples pour The Face, Dazed and Confused, 10 magazine, Vogue US, Vogue UK et encore plus. Helwig est représenté par We Folk à Londres. Voici quelques images des projets divers:
by Leonie Francke pour Studio SPG
La «bishoujo» (jolie jeune fille) est au centre de la démarche de l’enfant terrible de l’art contemporain japonais. Figure inoffensive et innocente, proie facile pour tous les prédateurs, elle est la métaphore parfaite du Japon humilié par l’Occident après Hiroshima, et emasculé par les Alliés (à ce jour, il y a encore 35 000 militaires américains stationnés au Japon). N’ayant ni les moyens physiques et matériel et ni la marge de manoeuvre pour «mettre ses couilles sur la table» dans le grand bal des Nations, le Japon a appris a vénérer la retenue, la timidité, et a fait de la lolita une emblème de sa soumission totale et universelle.
Aida n’a pas connu le succès international de Takashi Murakami, parce que son art confronte les paradoxes, lubies et sublimations de la culture japonaise, sans se soucier de faire des pont vers le restant de l’Occident. Il fait présentement l’objet d’une rétrospective au Mori Art Museum, à Tokyo. Voici une série d’oeuvres triées sur le volet.
***
Pour les enrichis:
Amira Fritz, née en Allemagne à Rosenheim en 1979, a fait ses études de photographie à Vienne. Son influence s’étant aussi loin que l’image des campagnes de son pays d’origine jusqu’à la vue des nombreux films alors qu’elle travaillait comme projectionniste avant d’être photographe. Ses travaux ont été publiés dans plusieurs magazines: Zeit magazine, Foam, I love you, Sleek, Under Current…
Sa proximité avec la nature semble inauthentique et distante par la mise en scène. La douceur et l’absurdité dans son travail de photographie mute les choses en une beauté magnifique et mystique. Ses arrangements floraux à l’orée du bois ponctuent ses paysages silencieux d’une lumière douce et surréelle. Voici ses oeuvres majeures ainsi que ses plus récentes:
by Leonie Francke pour Studio SPG.
Voici ce que vous pouvez voir en l’Allemagne. Je vous montre quelques clips des artistes divers.
I Heart Sharks sont un groupe de musique allemande-britannique. Ils vivent à Berlin où le groupe a été formé en 2007. Les textes sont en anglais sauf la chanson « Neuzeit » que veut dire temps modernes en français – Voici le clip:
BOY est un autre groupe de pop fondé en 2007. Le duo est composé de la chanteuse suisse Valeska Steiner et la musicienne allemande Sonja Glass. Elles ont ébruité par la chanson Little Numbers.
Bonaparte est un groupe d’indie et trash punk établi à Berlin. Le personne à la tête, le suisse Tobias Jundt, est le seul membre constant. Il y a jusqu’à 20 personnes sur scène ce qui les rends connus lors des les spectacles extraordinaires. Leurs shows sont tellement fun. Le premier clip est le teaser pour leur tournée actuelle.
Deichkind est un groupe d’Hambourg dans le nord d’Allemagne et apporte aussi un grand show sur scène. Ils sont déjà connus depuis environ 2000. Leur récent clip me fait penser à Schadenfreude.
Et pour terminer, voici du bon électro de Paul Kalkbrenner pour les oreilles:
by Leonie Francke pour Studio SPG
Constante du monde du divertissement, les «-ploitations», ces films qui servent à canalyser un aspect marginalisé par l’industrie «grand public», tout en demeurant dans ses limites, sont de magnifiques témoins de l’époque qui les a créés et consommés. Ce que j’en retire personnellement, c’est que si nos films du genre montrent que nous avons progressé sur certains aspects (la tolérance sur la drogue notamment), nous sommes au statu quo sur la majorité des sujets (Chez Porky et Folies de graduation, même combat. Et que ceux qui trouve que Soul Plane est un pas en avant dans les relations raciales m’expliquent leur raisonnement dans les commentaires). Et pour ce qui est du design, nous avons collectivement dévalé la pente du bon goût depuis les années 1960. Voici les preuves:
***
Pour les enrichis:
-La note du décès de Sylvia Kristel par The Economist. L’actrice qui a incarné Emmanuelle pour des millions de personnes, est décédée au début du mois, à 60 ans. Les années 80 ont été patriculièrement rough pour ses les canaux nasals, son foie et son coeur.
-Un clip de fan pour un groupe que je ne connais pas, mais qui représente pour moi parfaitement un âge d’or de l’érotisme.
Igloofest/Piknic Électronik ont des supporteurs qui entretiennent un rapport très amour/haine avec l’organisation. La dernière controverse: cette illustration d’un Iglooteur amérindianisé comme une des têtes d’affiche de l’édition 2013 (avec un Ninja, un Spartiate et un Viking). Quelques membres de leur page ont souligné (je résume) qu’ils trouvaient maladroit de désacraliser la culture amérindienne et de réduire leur existence à quelques clichés. Je vais éviter de prendre position parce que:
1-Ma demande de passe média n’a pas été approuvée encore.
2-Je trouve que la question est quand même plus compliquée qu’elle n’y paraît, et je ne suis ni convaincu qu’Igloofest a été très prudent, ni que ceux qui lui reprochent de salir l’héritage amérindiens visent la bonne cible.
Comme dans toutes les situations où les chances de convertir l’Autre sont minces, je suggère de changer de sujet et de rapprocher les parties en riant/pleurant ensemble sur d’autres cas. Et il n’y a pas de terreau plus riche/pauvre dans le domaine que le merveilleux monde du sport professionnel.
***
Les Indians de Cleveland sont un cas de figure. La peau rouge, la plume, le sourire niais. Qui demeure quand même une nette amélioration du logo de 1946 à 1950, où les dirigeants (blancs, évidemment) y était allé avec le teint «cirrose du foie» et le nez israélite. Les Juifs et les Amérindiens, évidemment, ont en commun d’avoir subis les pire génocides des trois derniers siècles. Un exemple de mauvais goût, dans tous les sens de l’expression.
***
Les Peaux-Rouges de Washington viennent également immédiatement en tête en terme de mauvais goût. Ce n’est pas tant le logo, relativement noble, que l’idée de faire la promotion d’une division du monde en couleur et en race, un des héritages de l’eugénisme de Madison Grant, un Américain auteur de Le Déclin de la grande race, un fondement de la pensée nazie. Ça donne des belles situations de mash-up ultime d’insensibilité quand des fans Noirs de Washington se déguisent en Indien. Ça doit chatouiller un peu le vieux Grant dans son cercueil.
***
Les ligues collégiales américaines (NCAA) ont géré de manière raisonnée les noms et mascottes douteuses. Depuis le 1er février 2005, toutes les équipes qui désirent participer aux tournois éliminatoires ne peuvent avoir un nom ou une mascotte «offensante». Les Savages d’Oklahoma ont été une des «victimes» de ce réglement. Faut dire qu’il n’y allait pas avec le dos de la flèche: Non seulement on imprimait du sauvage un peu partout en Oklahoma, mais on riait aussi des blagues de Pistol Pete, un gentil cowboy, toujours prêt à dégainer sur des Rouges qui voudraient scalper sa femme, voler son bétail ou pas prier le dimanche à l’Église.
L’équipe s’appelle désormais les Savage Storm. Et Pistol Pete n’a plus jamais quitté son garde-robe, rangé à côté de Klu Klux Karl et de Segregation Serge.
***
Chanceux, les fans des Seminoles, l’équipe de Florida State, n’ont pas eu à changer leurs chansons d’encouragement. Les dirigeants de l’université s’en sont sauvés en affirmant que leur nom était un hommage au courage et à la bravoure des Seminoles, une nation qui s’était installée dans la péninsule floridienne. Le discours a un peu changé depuis le 19 siècle, époque où l’armée américaine a décidé de les attaquer parce qu’ils aidaient les Cris. Perfectionnistes, les Américains voulaient juste «finir la job» qu’ils avaient commencé au Nord, et les «braves» Peaux-Rouges de la place les en empêchaient. Les Séminoles y ont en effet goûté. Les «courageux» qui ne s’étaient pas faits mousquettés se sont fait offrir poliment de décalisser dans des réserves en Oklahoma. Une autre belle histoire de respect et de compréhension interculturelle.
Ils ont quand changé leur mascotte – un Blanc peinturé et emplumé – pour un cheval. Mais il est encore permis aux fans de célébrer le génocide de leur arrière-arrière-arrière grands-pères en se déguisant.
***
Ici, c’est la grande classe du pauvre. Non seulement l’équipe n’a même pas été capable de reproduire décemment le (beau) logo déjà discutable d’une autre équipe, d’un autre sport, elle a aussi décidé de mettre l’emphase sur Brooklin, en espérant que les fans puissent se convaincre qu’ils supportent peut-être une équipe de hockey professionnel d’une ville cool des États-Unis. Malheureusement, les Hommes Rouges (un nom qui n’est pas mal en soit, comme à McGill par exemple) sont pognés en Ontario, dans une ligue boboche de crosse. Faut vraiment avoir du culot pour voler un sport, prendre comme logo une caricature de ceux à qui tu l’as volé et en plus les niaiser sur leur couleur de peau.
***
Finalement, pour montrer que les indélicatesses raciales ne touchent pas que les Nègs, les Wops, les Chintoques pis les Turbans, découvrons le merveilleux héritage de Johnny Canuck, utilisé comme troisième logo par les Canucks de Vancouver. Canadien modèle, Johnny a été inventé au 19e siècle comme équivalent à l’Oncle Sam. C’est un bûcheron, un fermier, un soldat et un maudit bon joueur de hockey. Sûrement aussi un très grand admirateur de la royauté britannique, des sables bitumineux et de Tim Hortons. Je peux pousser un peu la logique en disant qu’il n’aimait sûrement pas ben ben les Francophones chialeurs du Québec, les Gais, les Races, les artistes pis les osties de carrés rouges.
***
Pour les enrichis:
-Le hasard de la chose veut que les A tribe called Red, une des voix porteuses pour la «désindiennisation» du sport au Canada, joueront le 31 janvier à l’Igloofest. Curieux de savoir ce qu’ils pensent de tout ça…
Aujourd’hui je veux vous présenter Bennie Julian Gay, un jeune photographe talentueux d’Allemagne. Travaillant en séries avec considération et souvent une approche critique, il a un style très pur et simple, ce qui aboutit à une photographie vraiment sophistiquée. Ses photos rayonnent à la fois d’une tranquillité aussi bien que d’un dynamisme.
Voici quelques exemples de son portfolio en ligne – B J G.
Leonie Francke pour Studio SPG
Au détour de l’internet, découverte d’une websérie qui a la rare caractéristique de ne pas sucer à 100%.
High Maintenance suit le quotidien d’un vendeur de cannabis à vélo de New York, et des cas de figure qu’il rencontre inévitablement. Le concept est déclinable à l’infini, l’exécution est à la hauteur, avec des tournures inattendues, ses interprétations crédibles, des dialogues bien tournés.
Pour l’instant, trois épisodes sont disponibles, tous nommés selon les personnages que notre dealer à deux roues visite. Il est assez surprenant du peu d’effort que Katja Blichfeld et Ben Sinclair, les créateurs, ont mis pour mousser la série, qui n’a même pas son propre canal Viméo, et qui n’est pas disponible sur Youtube. Le rythme de mise en ligne semble pour le moins erratique. On verra combien d’autres seront mis en ligne. À juger par la bande-annonce, il y aurait encore deux autres personnages qu’on a pas encore vu.
Et inutile de courir, je suis déjà en train de négocier les droits pour l’adaptation québécoise… Marc Beaupré, si t’as rien à faire au printemps, j’ai peut-être de quoi pour toi.